Des mois que j'en rêve... des semaines que je m'y prépare... et
c'est déjà passé !
Je n'arrive pas encore à réaliser que je suis centbornarde !
Tout à commencé quand j'ai lu le CR de mon ami Nenni qui
revenait de son aventure à Millau avec Brinouille comme
accompagnatrice vélo. Son CR m'a bouleversé par sa sincérité et son
plaisir de courir. Le mal était fait, la petite graine a germé dans
mon esprit et même si à l'époque, ça me semblait impossible, ce
rêve est resté en moi, tapi dans un coin de mon cerveau. Ce n'est
qu'en 2010 que c'est ressurgi et j'ai décidé de le faire en sept
2011, juste 3 jours après mon anniversaire pour mes 55 bougies.
Comme cadeau, je rêvais de la fameuse médaille millésimmée !
13 semaines de préparation, souvent dans la douleur, 700km
parcourus et 9000mD+ avalés ! je ne regrette rien de cette prépa,
ça m'a plutot bien réussi. 4 séances hebdo, ni trop, ni trop
peu, pas de fractionnés, juste du seuil, de l'endurance et de
l'allure spécifique... savoureux mélange pour préparer mon premier
ultra.
Millau... on est arrivées en voiture avec Diabolo le jeudi soir.
Tente installé dans un petit camping sympa au
bord du Tard, le temps d'une visite en ville le vendredi
matin, d'un petit repérage l'après midi, retrait de dossard et
rencontre CAF-CLM le soir, pasta-party avec Gilles et hop, il est
temps de faire dodo pour être en forme demain.
Autant la pression était forte le WE dernier, autant je
suis sereine depuis que je suis dans la place ! un peu comme
un dédoublement de personnalité et comme si c'était quelqu'un
d'autre qui allait courir à ma place... assez bizarre comme
sensation !
Samedi matin, RV pour la photo de groupe, puis parade vers
le centre ville où se donne le départ ! La foule est bien présente
pour nous acclamer, on se sent les héros du jour et ça nous
donne des ailes. Je suis euphorique et j'ai vraiment envie d'y
aller. A 10H tapante, c'est le départ. Il faut un peu se
faufiler au milieu des marcheurs, mais on n'est pas pressées. Je
prends mon rythme de croisière. Je dois rejoindre Diabolo et son
vélo au 9ème kilomètre. Les premiers kilo passent très vite, je
trottine tranquillement, sur la réserve, pour ne pas m'entamer
avant le premier marathon. Je retrouve bien vite ma Diabolo et son
beau vélo.

Elle est prête à en découdre. C'est notre défi à toutes les
deux, une vraie équipe de choc ! Les kilos défilent, les paysages
sont sublimes, vieux villages dans la montagne, rochers, paturages,
public sur les routes pour nous encourager. Je savoure chaque
moment. Arrive le semi marathon, super forme pour attaquer la
petite montée après la traversée du Tarn et le retour vers Millau.
Trajet en sens inverse, les paysages sont nouveaux, toujours aussi
beaux. On profite des ravitaillements généreux (tartines de
fromage, de pâté, fruits secs, pâtes de fruits, coca, orangina, eau
minérale...) et des bénévoles toujours aussi gentils et serviables.
Déjà le retour sur Millau et le passage du marathon en 5H05 (temps
officiel). On repasse dans la salle de départ, mais j'ai pas trop
envie de m'arrêter là... je m'enfuis au plus vite et je m'arrête un
peu plus loin dans Millau pour me faire masser les quadris par
Diabolo avant d'attaquer les choses sérieuses. Bien m'en a pris,
parce que la montée du viaduc de Millau est vraiment à mon avis LA
difficulté du parcours. J'avais pourtant bien envie de courir, mais
je me suis contentée de marcher... Grosse surprise, Fanny est
montée de Beziers pour faire quelques kilos avec nous. Cette fille
est géniale, pleine de peps, de fraicheur et de fantaisie, une
vraie perle qui m'a aidé à passer la côte sans trop m'en rendre
compte ! merci ma Fanny, tu as été géniale sur ce coup là. Merci
aussi à Bibiche qui a trouvé le moment juste pour m'appeler et à ma
fille et à ma belle-fille, vous êtes tout simplement
extraordinaires. Fanny a d'ailleurs passé le 50ème kilo avec moi,
immortalisées par la photo officielle, Diabolo ayant disparu à
cause d'un déraillement de son vélo !
Diabolo finit par nous rejoindre avant le sommet de la côte et
nous passons ensembles sous le viaduc. Ensuite, c'est la descente
de l'autre côté et arrive le 60ème kilo. Je me sens toujours bien.
Pourtant, on m'a dit que c'est là que les problèmes commencent !!!
je guette mes sensations, je suis prête à souffrir, mais rien ne
vient, alors je continue trop contente de profiter ! Je sais qu'il
faut encore remonter avant de profiter de la descente sur
StAfrique, mais je me régale toujours. J'y vais tranquillement, il
y a longtemps que je ne regarde plus le chrono, tout ce qui compte
pour moi, c'est finir. Déjà, nous croisons les premiers qui sont
sur le chemin du retour. On voit la souffrance et la détermination
sur certains visages, les gens ne se parlent presque plus... nous,
dans le sens inverse, on les encourage, on les félicite. Je croise
mes copains CLM, je leur tape la main, comme c'est bon de savoir
que tout va bien pour tous. On s'encourage mutuellement. Je vois
Juju toute souriante, toute fraiche, qui va boucler son ultra à une
allure vertigineuse. Bravo Juju, t'es vraiment trop forte ! Et
c'est déjà la descente vers StAfrique. Que c'est bon de relâcher
les muscles après la longue montée, je laisse dérouler les jambes,
je me régale, même si les quadris commencent à chauffer ! arrivée à
StAfrique après 9H de course. Je me sens toujours bien. Nous ferons
quand même un bon arrêt, histoire de se changer de tenue, de se
restaurer et je prendrais même le temps de me faire masser par une
élève infirmière bénévole. Bon, c'est pas le moment de faire la
sieste, il y a encore 28 bornes à faire... allez, une sortie longue
et c'est fini.
Départ de StAfrique, motivée à fond pour finir. On attaque
directement par la longue remontée, un peu dur de réattaquer après
un arrêt, mais le mental est plus fort que les jambes et j'y vais.
J'ai oublié ma frontale sur le vélo de Diabolo, heureusement, elle
me rejoint assez vite et là commence la vraie aventure de Millau !
Je n'ai couru qu'une fois à la frontale et les sensations sont
extraordinaires. Imaginez tous ces coureurs fatigués qui ne sont
que des ombres avec des gilets réfléchissants et des frontales. Il
fait nuit noire. On ne voit pas les visages mais on entend les pas
et les souffles... impressionnant ! Et ça dure et ça dure. On est
tous en attente de voir le viaduc de Millau illuminé, signe qu'on
approche de Millau. Mais rien n'arrive, il faut encore courir et
encore courir. Heureusement encore des sms, des encouragements de
tous les amis... et enfin, bonheur, les lumières sont en vue. Le
viaduc est là, magestueux, qui nous attend. Mais il faut le mériter
et monter encore et toujours... là, franchement, j'ai eu mon moment
de lassitude. Enfin, pancarte 90km en vue. Pas envie de m'arrêter
pour la photo, maintenant, je veux boucler la boucle. Avec diabolo,
on décide de mettre le turbo et de finir les 10 derniers kilos sans
nous arrêter aux ravitos. La descente derrière le viaduc, nous
cavalons (enfin, c'est l'impression qu'on a... et le garmin affiche
quand même 11,5km/H à un certain moment ! On a l'impression de
remonter un peloton à l'agonie. Les gars souffrent, certains
finissent en s'étirant, voire se reposent sur le bord de la route.
Vraiment surréaliste... Je suis parfaitement lucide et en même
temps, j'ai l'impression d'être dans du coton, de perdre toute
notion de temps et d'espace. Nous arrivons au km 95, 94, 93, 92,
91... je laisse filer Diabolo. Elle doit ranger son vélo pour faire
les 200 derniers mètres avec moi. J'ai visualisé cette arrivée main
dans la main avec mon amie depuis plusieurs semaines, j'en ai rêvé
et voilà qu'on y est presque. Je me sens submergée par l'émotion,
mais je résiste tant que je peux. Ce dernier kilo a été le plus
terrible de tous. Tous ces gens qui vous encouragent, ça me touche
sincèrement. Enfin, j'aperçois ma Diabolo et nous parcourons à la
frontale les derniers mètres du parc de la Victoire (si bien
nommé). Puis nous débouchons dans la salle d'arrivée, hyper
éclairée et pleine de monde... j'entends vaguement le speaker qui
annonce l'arrivée de Babou de Belgique... mais je ne comprends plus
rien... je tombe dans les bras de Diabolo, trop heureuse d'être
allée au bout de notre défi.

Bizarre, moi qui me voyais en pleurs, aucune larme ne coule, je
garde tout à l'intérieur. Mais je craque dès que je suis descendue
du podium d'arrivée. Les jambes me lâchent et je fais une crise
d'hyperventilation. Ma Diabolo a assuré jusqu'au bout en restant
calme et en m'emmenant au poste de secours. Une bonne demi heure de
repos et la crise de tétanie était passée. J'ai pu rejoindre les
amis et participer au repas d'arrivée (cuisse de canard confite,
taboulé, pain, fromage, compote)... gargantuesque, mais
franchement, avec la fatigue, j'ai pas su en profiter.
Faudra encore redescendre à la voiture, rentrer au camping,
prendre la douche... avant de se glisser péniblement dans la tente.
Mais on était tellement heureuses et excitées qu'on a encore bien
rigolé avant de s'endormir.
Que de souvenirs !
Des rencontres trop courtes, mais magiques !
Un objectif atteint et déjà envie de penser à la suite.
Finalement, le plus dur a été de remonter en Belgique avec des
jambes dures, des pieds gonflés, mais le coeur en fête nous a
permis d'y arriver.
Un tout grand merci à ma Diabolo qui a autant de mérite que moi
d'avoir bouclé un cent bornes en vélo. Merci à vous tous qui avez
suivi ma préparation avec intérêt, à vous tous qui avez cru en moi
et qui m'avez encouragée tout au long de l'aventure. Merci à
Philippe qui a fait mon plan et qui m'a aidé à croire en moi quand
je doutais. Merci tout particulièrement à mon zhom qui m'a
laissée aller au bout de mon rêve (le pauvre, il a ouvert une
porte... ce sera dur de la fermer ! lol), merci à mes enfants, à ma
belle fille et à mes deux petites filles qui m'ont suivie sur tout
le parcours. C'est vous tous qui m'avez porté jusque là.
Et pour finir, non, je ne suis pas une super woman, je suis une
femme ordinaire, avec juste une volonté de repousser ses limites et
de profiter du bonheur que la course à pied m'apporte. Des envies
de voyages, des envies de me surpasser, des envies de toujours plus
avec toujours plus de plaisir !
Maintenant, place à un peu de récup, les souvenirs plein la
tête.